Le paysage

Située à l’extrémité méridionale de la Côte de Beaune, l’appellation Maranges a ses versants exposés au Sud, avec ses premiers crus qui s’étalent sur le flanc de la Montagne des Trois Croix. Le changement d’orientation du vignoble est sensible depuis Santenay, à la confluence de la plaine de la Saône et de la vallée de la Dheune. Le ruisseau La Cosanne limite le versant des appellations Maranges et Maranges premier cru au Sud. Les altitudes s’étagent de 250 à 400 mètres, comme la plupart des vignobles de la Côte. Les pentes sont en moyenne plus fortes que dans la plupart des appellations de la Côte, avec un relief vallonné, plus diversifié que le versant de bordure de la vallée de la Saône.

 

Géologie

Le vignoble des Maranges est situé dans la continuité de la côte de Beaune. Le contexte géologique est donc le même : une histoire semblable a conduit au dépôt des mêmes types de roches, et à une structuration identique. La spécificité de l’appellation tient à sa situation géographique.

La rivière Dheune emprunte actuellement une grande ligne de fracture très ancienne qui cisèle le paysage.C’est un bassin intramontagneux qui s’est formé au Carbonifère, entre 355 et 295 millions d’années, jusqu’au Permien, entre 295 et 250 millions d’années.

Pendant la période du Trias, entre 250 et 203 millions d’années, la mer envahit progressivement le relief aplani (pénéplané) des anciennes montagnes granitiques. Des grès, résultant de l’érosion des reliefs, puis des argiles, se déposent en contexte lagunaire et deltaïque, à la limite entre le domaine continental et le domaine marin. Quand le milieu est confiné, avec une forte évaporation, du gypse se dépose. Des bancs de dolomie, carbonate riche en magnésium, se retrouvent dans la partie supérieure des dépôts triasiques.

La sédimentation marine s’installe ensuite durablement. Les calcaires gris-bleu à Gryphées (huîtres à coquille épaisse très arquée) sont surmontés d’une très forte épaisseur de marnes gris-bleu à vertes, parfois riches en fossiles (bélemnites) au sommet. Le calcaire à entroques (débris d’organismes marins de la famille des oursins, les crinoïdes) qui se dépose ensuite va former les falaises actuelles au-dessus du vignoble des Maranges. Certains niveaux sont riches en coraux (ou polypiers) et en chailles (rognons siliceux proches des silex). Cette sédimentation marine se poursuit jusqu’à la fin du Mésozoïque, il y a 65 millions d’années.

La naissance des Alpes va bouleverser la géographie des périodes suivantes, en entraînant un soulèvement de l’écorce terrestre, un bombement qui va engendrer l’affaissement de l’actuelle vallée de la Saône, par une série de failles (fractures) qui limitent des marches d’escalier de plus en plus affaissées vers le centre de la vallée. Du fait du soulèvement et de l’érosion, les terrains affleurant sont donc de plus en plus anciens au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la bordure de la vallée de la Saône. A la confluence avec la vallée de la Dheune, la fracturation est plus intense, avec des directions multiples. L’orientation oblique par rapport à la vallée de la Saône permet de recouper les différents compartiments, multipliant ainsi la diversité du sous-sol relativement aux autres appellations de la Côte de Beaune.

L’érosion de ce relief se poursuit jusqu’à nos jours. Le calcaire à entroques, coraux et chailles, d’âge Bajocien, forme une falaise nette qui surmonte l’actuel coteau des premiers crus.

Au cours des deux derniers millions d’années, de fortes variations climatiques ont engendré des périodes de climat très froid, périglaciaire. Les rivières (Dheune et Cosanne) vont charrier des alluvions grossières, riches en galets. Il n’y a pas de glaciers en Bourgogne, mais le froid intense va favoriser la fracturation des calcaires. Les pentes marneuses s’érodent facilement, déstabilisant le calcaire sus-jacent. Des pans entiers de falaise vont se détacher, glisser le long du versant. Des éboulis plus fins s’accumulent en amont (système de base de corniche). Les Maranges premiers crus sont donc situés principalement sur ces éboulis calcaires.

Cartes zoomables

La carte géologique

Trois secteurs s’individualisent nettement sur la carte.

Le paysage est marqué par un trait structural majeur, une faille importante, avec un très fort rejet (décalage), immédiatement à l’ouest des villages de Dezize et de Sampigny-Les-Maranges. Les sédiments argilo-gréseux du Trias affleurent à l’Ouest à la même altitude que les calcaires et marnes du jurassique à l’Est.

A l’ouest du village de Dezize-les-Maranges, le granite affleure largement en bas du coteau occidental. les argiles dolomitiques du Trias dominent les sous-sol de ce versant. Le calcaire à gryphées forme le large replat au-dessus de la pente. Des limons rouges, riches en oxydes de fer, couvrent ce plateau. (cf Coupe géologique du coteau oriental des Maranges)

Le versant oriental est marqué par la présence des calcaires à entroques, coraux et chailles, d’âge Bajocien. Ces derniers forment la falaise qui domine le vignoble des premiers crus, et recouvrent de pans de falaise, de blocs et d’éboulis les pentes marneuses. Aussi, même si le sous-sol est par sa nature argileuse capable de stocker l’eau nécessaire à l’alimentation de la plante, la vigne pousse sur des sols très riches en pierres calcaires claires, drainants, favorables à une production qualitative pour les Maranges premier cru. (cf. Coupe géologique du coteau occidental des Maranges)

Le secteur au sud-est de l’appellation, au pied du coteau est caractérisé par un large replat, recouvert de colluvions avec des galets très altérés, constiués de cailoutis déposés par la Cosanne à l’Ouest et la Dheune à l’Est.

La quantité très importante de colluvions sur le versant a parfois gêné l’observation, et empêché de connaître avec précison la nature du sous-sol. Une prospection géophysique est programmée dans les prochaines semaines afin de mieux connaître la géométrie et la nature du sous-sol, ainsi que l’épaisseur et la distribution des éboulis et des blocs de calcaire à entroques sur les versants marneux.